Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Christian Prigent
Chronique auteur
TV, 20h 55


Christian Prigent



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chroniqueurs

Récapitulons : l'ange du Matricule a numéroté le mien et m'a dit : " Allô, si tu nous faisais une chronique télé ? ". Enrobé flatteur : " Sûr, ça serait bien ". Codicille perfide : " On sait que tu passes ton temps devant ". J'ai piqué mon fard et ce fut oui, par ineptie.
Car voici (résumons) : au commencement fut Érectus. Pas pour l'attribut mais du fait du nez sorti de la bouse et qu'il mit sa foi dans le message des yeux. Après, tout se gâta : il fit son cinéma. Et vint la télé, pour accomplir la destinée. Cela pour l'ontogénèse.
Côté personnel, vue sur jour banal : tôt fus sur le pont pour les vacations aux vies d'inaction, profession et petits topos de domesticité pour que pas trop moche la turne alentour et deux ou trois heures aux affaires du Père (le don littéraire) après le tournis des plombes pour s'y mettre en costume d'angoisse avec l'asphyxie et le tord-boyaux puis le picotin vite fait à vêprée parmi bruit d'infos en cacaphone à la radio car Gaster râlait ça

y
est :
ta
pile
s'est déchargée : c'est pas comme Wonder, elle use, même si rien flasha de toute la journée.
Alors tu vas pas repousser bouton du lumignon, non : gare que tu te voies le fond de la boîte sous voltage terrible, d'où forcé à vivre en exorbité avec l'habitant en bloc de ta tête, soit la ménagerie qui broute dans ta vie et c'est reparti pour la nuit. Conseil à toi-même, vu des expériences genre qui cuit sévère : pas penser le soir, tap-tap surtout pas, même pas griffonner le petit carnet qu'occupe le chevet au cas où Morphée aurait de l'idée par inadvertance. Sinon ça écrit, ça pense, ça s'obstine, en toi penser pense tout seul comme un grand et dodo : bernique !
Donc vers ces heures-là, prudence, petits pas. Des ans que tu mis l'ouvrage au métier qui machine tactique pour vider la tête. T'as pas su, d'abord. Tu traînas ta peine avec la fumée des inspirations fusée des naseaux et des trous d'oreilles partout en bureaux, studios, bistrots, pots et soupers tard, comités divers, cellules minuscules et assemblées vociférées et même le ping-pong vers tard en garage pour faire dégorger concept à coups de raquettes ou que ronéo te crache ton papier aux temps que t'étais comme le poisson parmi populo avec des visions de révolution. Résultat nada question effet d'art mais, sans transition, Valium et Tranxène et toute la suite en génériques et la gueule en coin chaque aube gueule en bois.
Si tu veux te vider le paquet musclé le soir à la brune, pas dur : va, jogge ! et schlik schlak les pompes en gadoue banale de décor de champs ; ou même en urgence sur du macadam, à vélo, ça calme, surtout si zef fort ; ou reprends ping-pong avec la cloison, c'est toi qui perdras et hop : pyjama. Et quant à la couille, ça tu sais aussi comment la vider, passons : carré blanc.
Mais si c'est la tête ?
Si c'est la tête ? Fastoche : c'est télé.
Télé c'est le truc qui fait cet office.
Donc : 20 h 50, t'as raté l'info (tu l'as déjà dit). T'as raté la pub. T'étais en vaisselle quand fut météo. T'as même snobé Caméra café. Si tu continues tu vas gamberger. Ça y est, neurone chauffe, nerf bout, ça commence. Peut-être même la Muse a des impatiences et gare à la suite : stage en éveillé exorbité sur l'oreiller pour la nuitée. Allez va, gravis ! que ça te rattrape pas par la culotte l'envie de rester à refaire du monde avec partenaires ou te titiller un peu l'opinion avec le mouron et les aperçus ou noircir papier avec du stylé alambiqué. T'es en gilet mou et pantalon digne à peine du nom et pas bien peigné ni par dehors ni comme dedans. Tant mieux : c'est rien que girafe que tu vas coiffer. Hop, palier. En haut, que bénit la toile d'araignée, est laraire profane et le lare attend derrière l'écran que tu t'agenouilles et fasses dévotion en grogné cochon tout en tournant bouton. Tu le fais, c'est fait. Miracle, lumière est. Et voici pour toi que s'agitent marottes dans le castelet mais sans l'huile de coude ni ficelles ni rien derrière qu'on bricole, mais le mur. Derrière le mur : rien, non plus. Dans la boîte : le monde en virtuel global, plus petit, mais beaucoup plus net que le monde en vrai et prêt illico à se déplier comme papier de fleurs dans petite cuvette ou c'est ta cervelle. Il y a plus de choses derrière l'écran comme dit le poète que n'en peut contenir notre imagination et de ce surplus seront faits nos songes et on pioncera au chaud là-dedans car télé te dit : pionce et sois ainsi que tu vois en moi s'endormir les choses et gens et toute vie et dis ton merci : tu pionces donc tu es. Et rien de notable, forcé, à en dire, donc pour aujourd'hui fini la chronique.

Christian Prigent

Christian Prigent

   

Revue n° 053
(Mai 2004).

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