Le Matricule des Anges, magazine littéraire

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Les articles       

In Memoriam
de
St?phane Audeguy
Promeneur (Le)
16.50 €


Article paru dans le N° 101
Mars 2009

par Thierry Guichard

*

    In Memoriam

Quand on goûte un cocktail et qu'il est bon, on cherche à repérer quels ingrédients le constituent. Mais, souvent, ce n'est pas tant affaire d'ingrédients que de dosage, d'équilibre, de justesse. Avec le troisième roman de Stéphane Audeguy, on se surprend à ressentir une ivresse légère d'une lecture limpide. La rapidité des quatre-vingt-seize chapitres y est pour quelque chose, sûrement. Le style aussi, qui alterne de purs moments de poésie, au lyrisme endeuillé, au rythme cadencé et une prose où le présent de l'indicatif semble ciseler des actions, des gestes, des paroles. Il faudrait également mentionner le regard de l'écrivain dont la précision épiphanique nous met en présence de moments vrais, comment le dire autrement ? Et puis, il y a dans Nous autres ce plaisir de la connaissance qu'on avait ressenti dans les précédents romans. Le Kenya se donne à nous comme s'il nous était permis d'en pénétrer l'histoire et l'essence. On s'émerveille et on s'émeut, bref : on est emporté.
Pierre Figuier apprend la mort de son père qu'il n'a pas connu. Pierre vit à Paris où il est photographe, Michel est mort près de Nairobi. L'assurance paie le voyage au Kenya. Le fils découvre ce pays, nous avec lui, nous à qui est dévoilée la vie de Michel, idéologue calme et serein. Nous qui revoyons la construction de la voie ferrée censée relier la côte, de Mombasa vers l'Ouganda. Et " le Kenya tout entier engendré par ce train lunatique ". La mort de Michel Figuier (son corps retrouvé nu dans la nature, ses vêtements pliés à côté de lui) dit au final un désir de retourner dans l'ordre naturel des choses. Pierre le comprendra qui aura ouvert ses yeux. L'histoire des quelques personnages, éclatée en des temps chronologiques mélangés, communique avec l'histoire universelle. Audeguy pourrait être un sociologue ou un historien dont la fiction serait l'instrument, en même temps qu'un penseur lucide et ironique. Son encre est au vitriol pour épingler la bêtise vulgaire du " Grand Paléontologue " qui se dit humaniste. Son regard fusille quand il s'agit de montrer des touristes en safari qui " ouvrent leurs yeux ronds de poulets de batterie touristique " pour apercevoir depuis leur Pajero le cadavre d'un zèbre : " Les lions avaient abandonné la carcasse ; autour d'elle, rangés par cercles, les hyènes les vautours et les touristes, un vrai congrès mondial, les meilleurs spécialistes de la charogne aujourd'hui réunis dans une odeur de sang, de merde et de tripes lacérées par les rapaces veules. " Mais il sait aussi être en sympathie avec les ombres qu'une voix porte. Cette voix, qui dit " nous autres ", est celle d'un homme ancestral, représentant de tous ceux qui sont morts et arpentent en fantômes les rues de Nairobi, mais peut-être aussi les avenues de Melbourne ou Dubaï. C'est la voix d'une humanité disparue qui observe ceux qui vont bientôt la rejoindre. Lisez le prologue qu'ouvre cette voix et vous ne refermerez plus le livre.
In Memoriam
s'attache à décrire l'instant où quelques dizaines d'hommes ou femmes célèbres sont passés de vie à trépas. Derniers gestes, derniers mots : ultimes instants qui signent leur destin. Une forme poétique du partir...

Nous autres Gallimard 252 pages, 17,50 e et
In Memoriam
Le Promeneur 111 pages, 16,50 e

 In Memoriam de St?phane Audeguy

 

 

 

 

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Thierry Guichard

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