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Portrait de l'?crivain en animal domestique
de
Lydie Salvayre
Seuil
18.00 €


Article paru dans le N° 087
Octobre 2007

par T.G.

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    Portrait de l'?crivain en animal domestique

Lydie Salvayre prend le parti de rire d'une société à pleurer. Et dresse le portrait drolatique du capitalisme vulgaire et cynique, autant dire : mondial.

Dans une rentrée littéraire où le besoin de publier fait parfois tomber sous la main du lecteur des livres qui lui tomberont ensuite sur les pieds, il est des romans qui rafraîchissent, donnent un élan à la lecture, accrochent du soleil au coin de la bibliothèque. C'est le cas du nouvel opus de Lydie Salvayre, qui se lit avec une allégresse constante. Pas tant pour son sujet, d'ailleurs, que pour le rythme d'une prose qui sait varier ses effets. La narratrice est donc une romancière que le roi du hamburger vient de s'attacher afin qu'elle fasse l'hagiographie de Lui-même, Tobold.
Ce rustre-là, tout droit sorti d'une émission de Strip-tease, s'est bâti tout seul, a usé de la bourse comme d'un ascenseur social supersonique. Loin d'être un aristocrate de la finance, le bonhomme est essentiellement vulgaire. Son langage frotté à celui de la romancière devrait faire des étincelles mais, par la grâce de la fable comique, ces étincelles-là n'allument qu'un feu d'artifice d'humour. Notre héroïne, à sa grande " honte ", se plie facilement aux ordres de l'empereur du hamburger. Même, elle avoue une certaine fascination pour le monde qu'il lui ouvre et où Bob (Robert de Niro) peut venir lui flatter la croupe. L'écrivain loue vite son âme pour un peu du glacé des magazines people et fréquenter les têtes couronnées au sunlight des médias. Sans compter, aussi, l'attrait de l'oseille.
La belle (elle s'est déguisée en bimbo pour se fondre dans cet univers-là) finit par découvrir chez son maître (au sens propre) une humanité blessée. On est loin d'un glacial directeur de la banque européenne, au mépris accroché aux lèvres comme une rosette à la boutonnière. Ici, Tobold est plus sanguin que hautain. L'homme se prend pour le Christ d'une religion à venir. Celle du " Libre Marché qui va balayer les derniers principes chrétiens " ce qui se traduit plus prosaïquement dans le langage toboldien par : " Les hommes désormais ne veulent plus d'un ciel qu'ils savent vide. Ils préfèrent un panier garni. " Ce n'est pas ce genre de propos qui séduit la romancière mais plutôt l'origine commune qu'elle perçoit entre Tobold et elle. Il ressemble à son père " lanceur de gifles et de jurons obscènes " et Cindy, sa femme (ex-strip-teaseuse), à sa mère. On retrouve à nouveau cette trame obsessionnelle chez Lydie Salvayre, cette évocation familiale qui affleure dans bon nombre de ses romans. C'est que la romancière (celle qu'on lit, pas la narratrice) n'a pas de colère déshumanisée et qu'il lui suffit de faire le procès d'un homme pour plaider aussitôt la défense. Tobold n'en deviendra guère sympathique pour autant, mais en affinant le trait, en ne tombant pas dans une trop grande caricature, le procès de l'homme devient alors celui d'un système économique : " Je finis par penser que Tobold avait compris avant tout le monde que la vulgarité, qui m'apparaissait comme la face maquillée de la violence, sa face avenante, télégénique et tape-à-l'oeil, sa face commerciale en quelque sorte, que la vulgarité, désormais, était payante. " Le désenchantement que cela entraîne, Lydie Salvayre en donne une image juste et cruelle vers la fin du roman, lorsque Tobold, conscient, comme tout capitaliste, du potentiel de dépenses que représente chaque enfant s'adresse à la jeune Lili : " Il la questionna longuement, lui que les enfants horripilaient, sur ces ice-creams préférés (les Jolicônes au chocolat), ses actrices préférées (Julia Roberts), ses chanteuses préférées (Beyoncé), ses boissons préférées (le Cola-Coca), ses gourmandises préférées (les bonbons King Size en forme de frites, elle en était folle) et ses écrivains préférés (elle ignorait ce qu'était un écrivain et, à tout hasard, répondit Bambi). " Le capitalisme pédophile a de beaux jours devant lui.

Portrait
de l'écrivain
en animal
domestique

Lydie Salvayre
Seuil,
" Fiction & Cie "
234 pages, 18 e

 Portrait de l'?crivain en animal domestique de Lydie Salvayre

 

 

 

 

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T.G.

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