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L' Inach?vement (4?me de couv : Hubert Haddad)
de
Michel Fardoulis-Lagrange
Jos? Corti
10.67 €


Article paru dans le N° 001
novembre 1992

par

*

   L' Inach?vement (4?me de couv : Hubert Haddad)

Voici un texte écrit pour la quatrième de couverture de L'Inachèvement de Michel Fardoulis-Lagrange, paru chez José Corti. Seul le dernier chapitre a été utilisé par l'éditeur du poète français.

La première phrase ouvre au récit, à la figuration de la mémoire : " En ce temps-là, nous fréquentions l'arrière-salle d'une librairie, mal éclairée, où nous nous efforcions souvent de déchiffrer de vieilles inscriptions sur les murs érodés ". Mais, très vite, l'impossibilité de faire coïncider littérairement l'acte de conscience et sa représentation, pur espace de lecture, devient la matière même de l'oeuvre. Par-delà le projet proustien, c'est la recherche de l'oubli qui décide ici de l'invocation multiple, tressage onirique du monde et d'un esprit accidenté dans la métaphore d'être.
Cette tentative de totalisation phénoménologique des perceptions, sensations internes, échos mémoriels sur la même ligne de conscience d'où parle la voix d'un choeur intime, entre vigilance et états seconds, aboutit à cette prose arborescente et prismatique, plus dense que l'implosion d'un miroir sphérique : extrême incarnation de la subjectivité comme traversée neutre de l'étant. Cette écriture heurtée, complexe, soudain blanche comme un paysage de foudre, répond d'un échec contingent : l'impossibilité du récit, la vacuité du sens dans l'ordre à la fois fonctionnel et idéaliste que voudrait instaurer la langue.
Apparition souveraine et menacée, l'inachèvement ouvre sur un liberté proprement ineffable : "notre image fléchit comme les flammes des broussailles à travers la léger trouble de la surface des eaux. Mais les siècles ne pèsent pas lourdement, ils ne font qu'effleurer le jeu des lumières ". Et le récit devient poème de sa perdition, écho musical du néant, déploiement pictural mêlant aux éclats du réel augures et symboles incréés, songes de l'éternité sur les brumes éphémères. Cet univers héraclitéen guetté par la palingénésie est-il autre que la conscience individuelle devenue paysage?
" Chaque grand écrivain, disait Marcel Proust, écrit dans une langue étrangère ". Dans la postérité du Texte Inconnu (éditions de Minuit, 1947) et de l'Observance du Même (Puyraimond, 1977), Michel Fardoulis-Lagrange poursuit avec l'Inachèvement, une expérience de la factualité ontolofique du Logos menant à l'évidence sensible autant qu'à l'abstraction, au sens kandinskien. Il y a dans cette oeuvre en suspens indéfini, ouverte à maint éclairage, ainsi qu'aux ombres de l'élucidation, un enjeu insondable : quand le Neutre, signe troué de l'être, appelle l'effacement de la lumière du grand midi à travers les hauts faits de l'apparence en son clair-obscur légendaire.

L' Inach?vement  (4?me de couv : Hubert Haddad) de Michel Fardoulis-Lagrange

 

 

 

 

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